L’enfant de Sclayn, un ancêtre
de l'Homme de Spy
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Un vendredi de juillet, comme tous les autres, l’après-midi.
Les stagiaires sont au travail à la Grotte Scladina, sur
leur carré de fouille. On racle les sédiments, on
remplit les seaux, on dégage les os et on mesure leur position.
On est en 1993, une date qui va marquer l’histoire de l’archéologie
et de l’anthropologie en Belgique, mais personne ne le sait
encore.

Une fouille tout à
fait normale...
Soudain, Claire, travaillant sur le carré
D29, s’écrie : « Dominique, je viens de trouver
une mâchoire complète ! Viens voir ».
Le chef de chantier s’approche. Habitué à découvrir
des restes d’animaux dans cette couche 4, il est perplexe
: cette mâchoire ne ressemble à celle d’aucun
animal qu’il connaisse. Serait-elle humaine ? Non elle semble
bien trop massive.
Et pourtant !!!!!!!!
Les hommes de Néandertal avaient une ossature
bien plus robuste que la nôtre donc forcément, la mâchoire
aussi. Avec l’aide d’un anthropologue, les derniers
doutes sont levés : c’est bien une hémi-mandibule
humaine, une droite… et même celle d’un enfant
!
Pincement au cœur, larme à l’œil ? En tout
cas, tous se taisent. L’émotion est trop forte ; l’événement
était tant attendu. Depuis le fémur de Fonds-de-Forêt
(une grotte près de Trooz), en 1895, plus aucun ossement
néandertalien n’avait été découvert
sur le sol belge.
Cette découverte majeure permettait de renouer avec la tradition
de grandes découvertes des pionniers du 19e siècle
(à Engis, Spy...).
La poursuite des fouilles, de 1993 à aujourd’hui, permit
la mise au jour de 4 autres vestiges : l’hémi-mandibule
gauche, qui se recolle parfaitement sur celle de droite et 3 dents.
Mais le tri des collections accumulées depuis 16 ans dans
les réserves s’avéra encore plus fructueux :
un fragment de maxillaire (mâchoire supérieure) et
12 dents. Ces pièces avaient échappé à
la vigilance des premiers fouilleurs peut-être un peu «
noyés » par les milliers d’ossements récoltés
chaque année.
L’effervescence est toujours au quotidien : les fouilleurs
qui « entament » la couche 4 dans un autre coin de la
grotte, savent qu’ils risquent de dégager une dent
ou un os de plus, car les vestiges sont éparpillés
sur une large surface à cause d’un chenal qui a remanié
les dépôts sédimentaires.
Un enfant
Fille ou garçon ? On ne le sait, son sexe
n’est pas déterminable sur base de la mâchoire.
Des dents en pleine santé ! Pas de carie.
Cet enfant serait vieux d’au moins 100.000 ans. Un record
pour les fossiles humains belges datés !
Son A.D.N. est exceptionnellement conservé. Il a été
décrit par un laboratoire de Lyon et tend à suggérer
que les Néandertaliens n’étaient pas nos ancêtres
directs.
Où est le reste du corps ? De quoi l’enfant est-il
mort ? A-t-il été enterré ? La réponse
est peut-être encore dans la grotte.
En bref
• La découverte, en 1993, d’ossements
d’homme de Néandertal à Sclayn est la plus marquante
du 20e siècle en Belgique.
• La biogéochimie isotopique analyse les os et les
dents pour savoir ce que les gens ou les animaux mangeaient. Ainsi,
on sait que l’Enfant de Sclayn consommait de la viande d’herbivores
vivant en milieu ouvert.
• Les stries de croissance journalières, rendues visibles
grâce à l’utilisation d’un accélérateur
de particule, confèrent à l’Enfant de Sclayn
l’âge précis de 2939 jours au moment de son décès,
soit 8 ans et 17 jours.
En savoir plus
Fiches informatives
sur l'ADN et l'Age de l'Enfant de Sclayn.
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