Les collections

Les collections

L’intérêt pour le gisement est essentiellement archéologique, paléontologique et anthropologique. La fouille scientifique a été motivée par la découverte d’artefacts en silex, quartz et quartzite façonnés par les Hommes de Néandertal (Paléolithique moyen).

Au sein d’une séquence sédimentaire totalisant près de 15 m d’épaisseur, prennent places deux ensembles archéologiques qui s’isolent par leur importance : l’assemblage 5, le plus ancien daté de plus de 110 000 ans, et l’assemblage 1A, daté quant à lui des environs de 38 500 ans BP. Ces collections sont intégralement conservées au Centre archéologique de la grotte Scladina et accessible sur demande aux chercheurs (direction@scladina.be).

L’archéologie

Au total, ce sont près de 20 000 artefacts en pierre qui ont été récoltés depuis le début des investigations. Les Néandertaliens ont principalement utilisés des silex, quartz et quartzite de provenances diverses : galets récoltés dans les alluvions mosanes ou silex récoltés probablement dans des affleurements hesbignons. Les différentes industries récoltées ont été abondamment étudiées (notamment par Kévin Di Modica dans le cadre de sa thèse de doctorat) : sources d’approvisionnement en matières premières, approches techno-typologiques, remontages,… La richesse du matériel (récolte exhaustive depuis le début des recherches scientifiques) et la maitrise du contexte autorisent de nombreuses études (encore en cours).

L’occupation néandertalienne la plus récente (assemblage 1A) a également livré plusieurs dizaines de fragments d’une matière tachante noire, baptisée « pigment noir de Sclayn« , interprétée comme un colorant, dont la provenance géographique a pu être déterminée avec précision (région d’Ottignies). Cette roche n’a pu être amenée à Scladina que par voie anthropique.

L’archéozoologie

L’ensemble archéologique 5 est aussi connu par les vestiges fauniques modifiés par les Néandertaliens qui séjournèrent dans la grotte. Durant les années 90, une première synthèse pointait une exploitation intense de Chamois (6 individus) ramenés entiers et traités au site (dépiautage, dépeçage, consommation de la moelle). Outre le chamois, des stries de dépeçage ont aussi été observées sur un coxal de Lièvre découvert dans la même couche. Plusieurs milliers de fragments osseux brûlés ont été identifiés soulignant l’utilisation d’ossements frais fracturés comme combustible.

Ce qui fait la spécificité de cet ensemble archéologique est sans doute la découverte récente dans les collections de près d’une trentaine d’outils en os (retouchoirs) dont 7 ont été aménagés sur des fragments osseux appartenant à l’Ours des cavernes. L’approche par remontage a été tentée avec succès et a permis d’associer 4 de ces outils au sein d’un fragment de fémur d’ours. Bien que les ours des cavernes soient très représentés dans les collections fauniques paléolithiques, il est très rare d’en trouver modifier par les Néandertaliens. Scladina figure donc parmi ces rares exceptionx.

La paléontologie

Contrairement aux artefacts en pierre, les ossements et les dents se conservent beaucoup moins bien. L’action des carnivores, les modifications anthropiques, les fluctuations climatiques et la dynamique sédimentaire sont autant d’agents, parmi d’autres, qui tendent à accélérer le processus de destruction des restes osseux. Les grottes permettent d’y soustraire ces restes et d’en assurer une meilleure conservation. À quelques rares exceptions, les sites paléontologiques majeurs du Quaternaire sont situés majoritairement en grotte.

Scladina est reconnue pour l’excellente préservation du matériel osseux qui autorise notamment de faire des études génétiques. Du Mammouth au lemming, on y rencontre toutes les classes de taille et la plupart des mammifères du Pléistocène supérieur. Parmi eux, l’espèce à ce jour, la plus représentée (par plus de 80 % des restes exhumés) est sans conteste l’Ours des cavernes. Au sein des carnivores, les ours sont suivis en représentation par l’Hyène et le Loup. On retrouve aussi des restes de grands félins (Lion des cavernes, Panthère et Lynx). Quant aux herbivores, l’espèce la plus représentée est le Cheval, suivi par les cervidés (Cerf rouge, Renne et Daim), les bovinés (Bison/Aurochs) et Les Rhinocéros laineux et Mammouth. Des études sont actuellement en cours afin de déterminer le stade évolutif de certaines espèces, dont l’Ours des cavernes, et l’impact des fluctuations climatiques sur le cortège faunique.

L’anthropologie

Scladina est surtout connue par la découverte, dès 1990, de restes humains néandertaliens appartenant à un enfant âgé d’un peu plus de 8 ans et baptisé l’Enfant de Sclayn. Les 19 découvertes qui composent la mâchoire et un partie du crâne ont été abondamment étudiés sous la direction du paléoanthropologue Michel Toussaint dont une synthèse a été publiée dans la collection ERAUL en 2014.

Cependant, dès les travaux de désobstruction de l’entrée de la grotte par les pionniers (à partir de 1971), de nombreux restes humains ont été mis au jour. Il s’agit d’ossements plus récents que ceux de l’Enfant de Sclayn, provenant d’une sépulture plurielle néolithique. Déplacés dans la grotte par l’activité d’animaux fouisseurs (blaireaux), certains de ces ossements et dents humains sont épisodiquement mis au jour dans la grotte Scladina.